WANSQUARE : 9 décembre 2016

               

                 SoLocal : mobilisation générale une semaine avant l’AG

 

Un pool d’investisseurs serait intéressé pour reprendre la société, mais les frondeurs ne baissent pas leur garde. Pourtant, les spécialistes de la gouvernance sont unanimes dans leur soutien au plan proposé par la direction. Les salariés veulent eux aussi être entendus.

 

Comme toujours avec SoLocal, les choses s’accélèrent. A une semaine de la date fatidique du 15 décembre, signant le jour de l’assemblée générale extraordinaire qui porte sur le nouveau plan de restructuration, un groupe d’investisseurs se serait manifesté pour reprendre la société. Selon le Figaro,Olivier Sichel, l'ancien président de Wanadoo et ex-patron de l’ancêtre de SoLocal, PagesJaunes, serait prêt à reprendre l’entreprise en co-investissant avec le fonds américain, TowerBrook. Les deux investisseurs envisageraient de mettre entre 150 et 200 millions d’euros sur la table pour reprendre la société qui pourrait dès vendredi en huit se retrouver en redressement judiciaire. Pour l’heure, ces informations n’ont pas encore été confirmées, ni infirmées. Plusieurs autres investisseurs pourraient d'ailleurs sortir du bois après l'assemblée générale et l'approbation du plan de restructuration proposée par la direction.

 

Olivier Sichel est un habitué des redressements d’entreprises. Il a rejoint l’ancien propriétaire des Pajes Jaunes, France Télécom en 1998, puis est devenu président d’Alapage.com en 2000. Deux ans plus tard, il est nommé président de Wanadoo et redresse tour à tour l’opérateur au Royaume-Uni, en Espagne et au Pays-Bas, puis développe l’activité internet de PagesJaunes, jusqu’à son retrait de la cote en 2004. Repris par des fonds d’investissement, Goldman Sachs et KKR, c’est le début des mésaventures de PagesJaunes devenu depuis SoLocal. Il a également été PDG de la société leguide.com et s'occupe aujourd'hui de son think tank sur le numérique, Digital New Deal. De son côté, le fonds TowerBrook, monté par des anciens associés de Soros Private Equity Partners investi dans différents secteurs. Sa stratégie repose notamment sur la recherche active d’entreprises en situation complexes mais identifiées comme attractives avec un potentiel de croissance interne et externe. Un duo intéressant qui pourrait permettre à SoLocal de repartir sur de bonnes bases et surtout mettrait fin à la guerre des nerfs qui plombe l’entreprise depuis plusieurs mois.

 

Car du côté des actionnaires frondeurs, l’objectif est de maintenir la tension jusqu’à la semaine prochaine. Hier, Benjamin Jayet a publié sur le site de son association d’actionnaires, Actionnaires de SoLocal group, les conclusions du rapport d’expert de Detroyat Associés qu’il avait mandaté il y a une semaine. Sans publier le document en lui-même, le site en reprend les grandes lignes qui, sans surprise, démontre que le plan proposé par Benjamin Jayet est bien plus avantageux que celui proposé par la direction de SoLocal. Selon ce rapport, le plan validé par les créanciers ne comporterait aucun abandon de créances et elles seraient même revalorisées de 62 millions d’euros. Dans cette hypothèse, la valeur de marché pour les actionnaires SoLocal entrés en 2014, ferait perdre 380 millions d’euros de valeur après le plan. Le plan proposé par Benjamin Jayet ferait baisser la dette de 113 millions d’euros. Par ailleurs, cela revaloriserait de 290 millions d'euros la valeur de l’entreprise par rapport à celle constatée en ce moment. N’ayant pas accès au rapport, la méthodologie pour arriver à de tels résultats reste floue. Mais dans un communiqué, Benjamin Jayet et ses alliés « demandent instamment aux administrateurs de prendre leur responsabilité pour remettre le travail sur la table et proposer un plan qui traite définitivement de la dette de la société sur des bases équitables pour chacune des parties prenantes et dans l'intérêt de la société et de ses salariés ». Mais peut-il vraiment voter contre ses propres intérêts et risquer de mettre l'entreprise en redressement judiciaire et tout perdre ? Ce serait étonnant.

 

Car de l’autre côté, tous les cabinets spécialisés dans la gouvernance, ISS et Glass Lewis approuvent le plan proposé par SoLocal et suggèrent de voter contre toutes les résolutions déposées par Benjamin Jayet et son association, tout comme celles déposées par SoLocal Ensemble et Didier Calmels.

 

Et pour renforcer encore la nécessité d’approuver le plan de SoLocal, Fabrice Rémon qui dirige Gouvernance en Action et travaille avec SoLocal depuis 8 mois, a exprimé son ras le bol et son inquiétude quant à la situation vers laquelle les frondeurs veulent aller. Dans une lettre ouverte adressée "aux actionnaires de SoLocal (et à ceux qui prétendent défendre les intérêts des petits actionnaires)", il met en lumière la situation dans laquelle se trouve l’entreprise, tout en comprenant que certains actionnaires aient perdu beaucoup en investissant dans SoLocal. Mais il les appelle tout de même à voter pour le plan validé par les créanciers « la survie de votre entreprise est en jeu mais également celle de votre épargne », conclut-il dans sa lettre.

 

De leurs côtés, les salariés s’inquiètent eux aussi de la tournure que prennent les choses. Ils ont ainsi décidé de se mobiliser demain entre 12h et 13h dans les locaux de SoLocal à Boulogne-Billancourt et dans les principales agences en province. « Dans le contexte actuel, où l'avenir de SoLocal est en large partie suspendu à l'AGE du 15 décembre prochain, cette mobilisation est un message à l'attention des divers protagonistes : actionnaires, créanciers, administrateurs, associations… », notent ainsi dans leur mail adressé à la presse, les syndicats CFE-CGC de SoLocal. C'est malgré tout une semaine à haut risque qui s'ouvre et pourrait encore s'animer de rebondissements d'ici là.

 

 

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