Monsieur Maurice Lévy

Président du Directoire

Publicis Groupe

133 avenue des Champs Elysées

75008 Paris

 

Paris, le Mercredi 17 mai 2017

 

 

 

 

Recommandé avec AR et par mail

 

 

Objet : Transaction occulte avec SAP, « sous les auspices d’une cour arbitrale ».

 

 

Monsieur le Président du Directoire,

 

Par un courrier du 24 mars 2017, Gouvernance en Action vous a interrogé sur les termes de l’accord signé en octobre 2014, entre Publicis Groupe et le fournisseur SAP. En effet, cette transaction d’un montant global de 150 millions d’euros[1] en faveur de Publicis n’apparaît nulle part, ni dans les publications financières de Publicis Groupe ni dans celles de SAP. Aucun actionnaire de Publicis n’en a eu connaissance et pourtant, elle a fortement impacté les performances du groupe.

 

Votre réponse du 31 mars 2017 au courrier de Gouvernance en Action est « incomplète », comme vous la qualifiez vous-même, en vous retranchant derrière une clause de confidentialité.

 

Vous précisez également que cette transaction a eu un impact dans les comptes 2014, 2015 et 2016 de Publicis, elle est donc parfaitement d’actualité pour l’assemblée générale du 31 mai 2017 qui doit statuer sur les comptes 2016. Il est d’ailleurs surprenant qu’une transaction destinée à solder un différend en 2014, versée en une fois, continue d’être imputée sur les comptes des deux exercices suivants.

 

De votre réponse du 31mars 2017, il ressort que le produit de cette indemnité, pourtant par nature exceptionnelle, a été comptabilisée dans différents comptes du groupe, relatifs à des opérations courantes.

 

En d’autres termes, cette opération exceptionnelle réalisée « sous les auspices d’une cour arbitrale » a permis d’améliorer ponctuellement la marge opérationnelle de Publicis Groupe sans que ses actionnaires en soient informés, tant dans sa nature que dans son montant.

 

 

Lors de la présentation des résultats 2014, le 12 février 2015, vous n’avez d’ailleurs pas caché votre surprise en déclarant : « T4 s’est avéré bien meilleur que la moyenne de l’année, mais également bien meilleur que nos attentes ».[2] Le directeur financier s’est alors empressé d’en conclure [3] que « cela signifiait clairement une amélioration des coûts de management », ce qui est surprenant lorsqu’il s’agit manifestement d’une amélioration due à une indemnité transactionnelle.

 

La marge opérationnelle a atteint un record en 2014, avec un taux de 16,3% du chiffre d’affaires, taux inégalé depuis (15,5% en 2015, 15,6% en 2016 et pour mémoire 15,9% en 2013).

 

La communauté des analystes a également été surprise par cette annonce d’une excellente performance opérationnelle en 2014. Pour ne citer qu’eux :

  • JP Morgan Cazenove : « Une surprise positive pour clore une année difficile »
  • Natixis : « Changement d’objectif de cours. Sur la voie du rebond et de la surperformance »
  • BMO : « Stock rating : Outperform. Nous augmentons notre objectif de 74€ à 77€ »
  • Morgan Stanley : « Overweight. Année meilleure que prévue ».

 

L’effet de ces annonces sur le cours de bourse a été immédiat. Celui-ci est rapidement passé de 67,05 €, cours de clôture le 11 février 2015, veille de la publication des résultats, à 75,03 € le 17 mars, soit une hausse de l’ordre de 12% en un mois.

 

Le 17 mars 2015 est d’ailleurs la date à laquelle un bloc de 2.406.873 actions appartenant à l’actionnaire de référence a été racheté par Publicis Groupe pour un montant total de 175.775.861 €, au prix 73,03 € l’action[4].

 

Cette opération, autorisée par l’Assemblée Générale du 15 mai 2014, a été qualifiée, par le Conseil de Surveillance de Publicis Groupe[5], « dans l’intérêt de la Société et de l’ensemble des actionnaires ». 

 

En quoi une opération hors bourse, effectuée à un prix supérieur de 8,9% au cours de clôture du 11 février 2015, ayant entrainée un surcoût pour les actionnaires de Publicis de plus de

14 millions €, était-elle dans leur intérêt ?

 

Vous comprendrez que cette transaction, effectuée avec SAP et restée secrète, ne puisse le rester plus longtemps. Les actionnaires qui ont acheté des actions Publicis Groupe à l’annonce de ces résultats prometteurs et des commentaires positifs qui les ont suivis, doivent pouvoir s’assurer que leur décision d’investissement a bien été prise en ayant toutes les informations nécessaires.

 

Le cours n’a d’ailleurs jamais retrouvé ces niveaux de valorisation.

 

Pour terminer, il est indiqué dans le Document de Référence de Publicis Groupe 2014[6] : « Le Groupe n’a pas connaissance de procédures judiciaires ou d’arbitrage susceptibles d’avoir ou ayant eu au cours des 12 derniers mois un effet significatif sur la situation financière ou la rentabilité de la Société et/ou du Groupe ». Cette déclaration est manifestement en contradiction avec les propos tenus dans votre courrier du 31 mars 2017 où vous évoquez justement « un accord sous les auspices d’une cour arbitrale ».

 

 

Compte tenu de la gravité du sujet, il nous semble important que :

  • l’AMF puisse vérifier si l’information donnée aux actionnaires à l’occasion de cette transaction a été exacte, précise et sincère,
  • les actionnaires du groupe SAP soient informés des questions soulevées par cette transaction. En effet, le groupe SAP étant également coté en bourse, il est normal que ses actionnaires puissent parallèlement s’assurer de la qualité de l’information reçue dans le cadre de cette transaction.

 

Comme déjà évoqué dans notre précédent courrier, cette transaction fera l’objet de questions écrites à l’occasion de la prochaine assemblée générale de Publicis Group, si des réponses satisfaisantes ne sont pas apportées d’ici là.

 

Dans son discours introductif aux actionnaires, la Présidente du Groupe Publicis a déclaré que vous étiez un « homme d’éthique et de convictions[7] ». C’est certainement le moment d’en faire preuve en faisant toute la lumière sur cette opération.

 

En vous remerciant pour l’attention que vous porterez à la présente, nous vous prions d’agréer Monsieur le Président du Directoire, à l’expression de nos salutations distinguées.

 

 

 

Fabrice Rémon

Gérant

 

 

 

 

CC :

 

Monsieur Benoit de Juvigny (Directeur Général, AMF), par mail

Monsieur Bill Mc Dermott (CEO, SAP), par mail

 

 

[1] Selon les documents dont Gouvernance en Action a pu prendre connaissance.

[2] « Q4 turned out far better than the aggregate for the year and also far better than our expectations »

[3] « which clearly means that we have improved our management cost »

[4] Décote de 2% par rapport à la moyenne pondérée des cinq derniers jours de bourse

[5] Communiqué de Presse Publicis Group du 17/03/2015

[6] Page 31, Doc de Ref 2014 

[7] Page 2, Doc de Ref 2016

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