Lettre à Monsieur Martinez, Président de la société ICADE

                                                          

 

 

 

 

 

 

                                                      Monsieur André Martinez

                                                      Président

                                                                   ICADE

                                                                   27 rue Camille Desmoulins

                                                                   92130 Issy-les-Moulineaux

 

                                                                   Paris, le 16 avril 2018

 

Par courrier et par mail

 

Objet : Gouvernance d’ICADE

 

 

Monsieur Le Président,

 

Gouvernance en Action a été approché par divers actionnaires minoritaires de la société ICADE. Ils sont en effet très inquiets d’observer la dérive actuelle de la gouvernance de la société que vous présidez. Celle-ci s’est encore renforcée début avril avec l’ajout surprise de la proposition de nomination de Monsieur Jean-Marc Morin, également comme représentant de la CDC.

 

Le conseil d’administration que vous proposez à l’occasion de la prochaine assemblée générale d’ICADE serait ainsi composé de 13 membres, dont 8 CDC, 4 indépendants et 1 représentant de Crédit Agricole Assurances.

 

J’observe d’ailleurs que vous vous considérez comme indépendant, ce qui ne manque pas d’humour lorsque l’on sait que vous présidez un conseil sous la coupe de la CDC. On a du mal à croire que la CDC n’ait pas, fin 2017, fait nommer par ce Conseil un président tout acquis à sa cause, surtout lorsque l’on observe son comportement actuel !

 

C’est donc pour ICADE, selon mon analyse, un conseil qui serait composé de 9 administrateurs représentants la CDC (69,23%), 3 indépendants et 1 représentant du Crédit Agricole. Vous conviendrez qu’il s’agit là d’un déni de gouvernance, lorsque l’on sait que la CDC n’a que 39,11 % du capital.

 

Dans le Document de Référence 2017, ICADE se présente pourtant comme un modèle de respect du Code Afep/Medef. Il n’en est rien. Alors que la société n’est plus contrôlée depuis la fin du pacte avec Groupama, la part des administrateurs indépendants est loin d’atteindre les 50% que l’on est en droit d’espérer. Par ailleurs, alors que ce même code recommande de procéder au moins tous les trois ans à une évaluation externe du fonctionnement du conseil, la société ne se livre qu’à des autoévaluations, autosatisfactions, j’allais dire.

 

On ne peut qu’être dubitatif sur la pertinence d’une autoévaluation dans un conseil autant contrôlé. Il est d’ailleurs surprenant d’observer que devant une telle dérive, les administrateurs « dits indépendants » n’aient pas démissionnés.

 

Au moment où le Gouvernement cherche, avec la loi PACTE, à redonner un sens à l’entreprise, il est incompréhensible qu’il laisse votre premier actionnaire, la Caisse des Dépôts et Consignation, se comporter ainsi. De même, dans un environnement aussi convoité que le vôtre, comment ne pas chercher à capitaliser sur le fait que vos deux premiers actionnaires ont des noms prestigieux en donnant par la même occasion à ICADE une stabilité de son actionnariat.

 

Cette attitude irrespectueuse et dédaigneuse à l’égard des actionnaires minoritaires a été unanimement dénoncée par les trois plus importantes sociétés de conseil en votes du monde (ISS, Glass Lewis et Proxinvest). Elles ont toutes les trois recommandées de voter contre les 4 administrateurs représentants la CDC que vous souhaitez voir élire à la prochaine assemblée générale. Et malgré cela, vous vous enfermez dans votre obstination !

 

Certes, avec 39,11 % des voix, la CDC se sent intouchable en assemblée générale, mais quelle image déplorable de nos pratiques cela renvoie au monde extérieur.

 

Finalement, la prochaine AG d’ICADE sera un sujet de place. Est-il acceptable que la CDC, société qui appartient à l’État et détient 39,11 % du capital d’une entreprise cotée française, s’arroge plus de 69% des membres de son conseil ? Comment pouvez-vous cautionner une telle attitude ?

 

Nous sommes à quelques jours de l’assemblée générale et tout est encore possible. Cela ne tient qu’à vous d’avoir le courage d’imposer à ICADE une gouvernance éthique, un conseil en ligne avec nos codes de gouvernance où le droit des minoritaires serait tout simplement respecté.

 

Compte tenu de l’importance des points évoqués, il est de mon intention de rendre public ce courrier.

 

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de mes sentiments distingués.

 

 

 

                           Fabrice Rémon

                           Président

 

 

 CC :

 Bercy – Monsieur Bruno Lemaire, Ministre de l’Économie et des Finances

 Groupe Caisse des Dépôts - Monsieur Eric Lombard, Directeur Général

 Crédit Agricole Assurances – Monsieur Frédéric Thomas, Directeur Général

 HCGE - Monsieur Michel Rollier, Président

 AMF - Monsieur Robert Ophèle, Directeur Général

 

 

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